Toxoplasmose
 

 

Espèce parasitaire

Toxoplasma gondii

 

Historique

 

Le parasite a été découvert en 1908 à l'Institut Pasteur de Tunis par Nicolle et Manceaux chez un rongeur sauvage Ctenodactylus gundi.

La maladie humaine a été rapportée en 1923 par Junku chez un enfant atteint d'une choriorétinite.

Elle n'a été reconnue comme une maladie congénitale qu'en 1937 par Wolf et Cowen.

 

 

Définition

 

Infection cosmopolite due à une coccidie intracellulaire : Toxoplasma gondii qui peut parasiter toutes les cellules du système histiomonocytaire de l'organisme (endothéliums, histiocytes, monocytes, lymphocytes).


Elle est souvent latente sauf chez le fœtus, le nouveau-né et le sujet immunodéprimé chez qui elle s'avère redoutable.


Il s'agit d'une saprozoonose c'est à dire une zoonose dont le réservoir est tellurique et enrichi par les animaux.

 

Il existe sous trois formes :

 

Les tachyzoïtes

 

Ils sont en forme de croissant, mesurent 5 à 8 microns de long et possèdent un complexe apical et un noyau granuleux.
Ils sont rencontrés chez l'hôte intermédiaire.

 

Tachyzoïtes dans la moelle osseuse. (Coloration au MGG).

Photo: Parasitologie-Mycologie. CHU Bordeaux. B. Couprie.

 

 

Les bradyzoïtes

 

Leur structure est voisine du tachyzoïte.
Ils résultent du cycle asexué du parasite dans une cellule nerveuse ou musculaire de l'hôte intermédiaire. Ils sont contenus dans le kyste tissulaire qui peut contenir jusqu'à 3000 bradyzoïtes.
Les kystes tissulaires mesurent 15 à 200 microns, contiennent des granules volumineux de glycogène.

 

Rupture d'un kyste et libération des bradyzoïtes. 

Photos: Parasitologie-Mycologie. CHU Limoges. M.L. Dardé.

 

 

Les oocystes

 

Ils sont issus du cycle sexué chez le chat.
Leur forme est ovoïde et mesurent 10-15 microns de diamètre et renferment 2 sporocystes contenant 4 sporozoïtes chacun.
Ils sont très résistant sur le sol et peuvent rester contaminants pendant plusieurs mois au niveau du sol. Ils sont détruits par la chaleur et la congélation.

 

Oocyste sporulé de Toxaplasma gondii

Photos: Parasitologie-Mycologie. CHU Limoges. M.L. Dardé.

 

Classification 

Embranchement  Protozoa
Sous-embranchement   Apicomplexa
Classe  Coccidea
Ordre  Eimeriida
Famille Sarcocystiidae
Genre Toxoplasma

Cycle évolutif

 

Hôte définitif

Le chat

 

Hôtes intermédiaires

L'homme, le mouton, la chèvre, les rongeurs, le porc, le bétail, les oiseaux.

 

Après une multiplication sexuée dans l'intestin du chat, les oocystes sont disséminés dans l'environnement par les selles.
Après 48 à 72 heures, ils sporulent en 2 sporocystes contenant chacun 4 sporozoïtes et deviennent ainsi infectieux.

Ingérés par l'hôte intermédiaire, les oocystes éclatent et libèrent les sporozoïtes dans les intestins qui se propagent par voie sanguine dans tout l'organisme pour donner des tachyzoïtes dans des macrophages. 

 

Limité par la réponse immunitaire, le parasite reste latent sous forme de bradyzoïtes à l'intérieur de kystes disséminés dans l'organisme (cerveau, oeil, muscles).

 

Le chat s'infeste en mangeant des souris ou des oiseaux parasités par des kystes contenant les bradyzoïtes.

 

Remarques
Le parasite est capable de se multiplier dans la plupart des cellules de l'organisme mais avec un retentissement pathologique plus marqué au niveau des cellules du système nerveux central, de la rétine, et du muscle pour lesquels le toxoplasme possède un tropisme particulier.

 

Les oocystes infectieux peuvent être ingérés par l'hôte définitif (cycle direct) ou par des l'hôte intermédiaire (cycle indirect).

 

Contamination

 

Elle est essentiellement orale:
Par consommation de viande infectée crue ou mal cuite (bœuf, agneau, porc, volaille).
Par ingestion d'aliments, de lait, ou d'eau contenant des oocystes infectants.
Par voie transplacentaire lors d'une primo-infection maternelle en cours de grossesse.
Par contact avec le chat ou sa litière.
Par contact avec de la terre souillée par des excréments de chats infectés;
Par inhalation d'oocystes.
Rarement par transfusion sanguine ou par greffe d'organe
Par contact avec de la viande crue (abattoir, boucherie, charcuterie, cuisine...).

 

Remarque
Chez les hôtes intermédiaires, le parasite n'arrive pas à sa maturation et le cycle aboutit à une impasse parasitaire

 

Clinique

 

Incubation: 5 à 20 jours

 

Toxoplasmose de l'immunocompétent

 

Dans 80% des cas, elle peut passer inaperçue.
L'atteinte ganglionnaire est la plus fréquente.
Les adénopathies de petite taille ne sont ni douloureuses, ni inflammatoires et ne suppurent jamais. Elles s'accompagnent parfois de fébricule, de myalgies et d'asthénie.
Plus rarement, on rencontre une atteinte hépatique, sanguine (anémie hémolytique), cardiaque et neurologique.
Dans les formes aiguës, une choriorétinite méconnue à la naissance peut se révéler après plusieurs années.

L'évolution vers la guérison est spontanée.

 

 

Toxoplasmose de l'immunodéprimé

 

Elle s'observe lors d'une thérapeutique immunosuppressive, d'un déficit immunitaire congénital, d'un cancer ou d'un SIDA.
Il s'agit de la réactivation des formes quiescentes contenues dans des kystes intra tissulaires et dont le risque est important quand le taux de CD4 devient inférieur à 100/mm3.

Cette réactivation va causer des formes disséminées réalisant une fièvre élevée, des arthralgies, des éruptions cutanées, des abcès cérébraux multiples, une atteinte myocardique, pulmonaire, ou hépatique.
Une primo-infection peut également entraîner ces formes disséminées.

Sans traitement, l'issue est fatale.

 

 

Toxoplasmose congénitale

 

Le fœtus ne peut être infecté que si la mère est contaminée pendant la grossesse. Les toxoplasmes peuvent traverser le placenta pendant la phase septicémique de la maladie puis diffuser dans le sang fœtal.

Les lésions sont d'autant plus graves que la contamination est précoce :
Au cours du premier trimestre, l'infection fœtale est rare mais grave. Elle peut se solder par un avortement spontané ou une mortinaissance ou entraîner des séquelles neurologiques importantes (hydrocéphalie, convulsions, calcifications intracrâniennes) et une choriorétinite.
Au cours du troisième trimestre, elle est plus fréquente mais souvent bénigne (ictère) ou latente susceptible de se révéler tardivement vers l'adolescence ou l'âge adulte sous forme d'une choriorétinite.
Au cours du deuxième trimestre, les caractéristiques sont intermédiaires.

 

Diagnostic

 

Le diagnostic biologique de la toxoplasmose peut être direct par la mise en évidence du parasite, ou indirect par des techniques immunologiques.

 

 

Chez les personnes immunocompétentes

 

Dans l'impossibilité de déceler directement le parasite, les examens sérologiques sont la base essentielle du diagnostic et de la surveillance de l'évolution de la maladie. Ils montrent une élévation des titres des IgG, des IgM et des IgA.

 

IgG < 8 UI/ml 

Séronégatif , absence d'immunité.

8 < IgG < 300 UI/ml

Toxoplasmose ancienne, "immunité" probable.

IgG > 300 UI/ml

Toxoplasmose évolutive probable.

A confirmer par un second prélèvement et/ou la recherche des IgM ou des IgA.

 

 

Chez la femme enceinte

 

Une sérologie systématique avant la grossesse est recommandée car si elle est négative, elle permettra d'affirmer une éventuelle séroconversion.
Si la sérologie n'a pas été faite au cours de la grossesse, il faudra répéter les examens et les confronter afin d'évaluer le risque de l'infection fœtale.


Interprétation
Si le taux des IgG est supérieur à 300 UI/ml, il y a probablement une toxoplasmose évolutive récente. 

A confirmer par la recherche des IgM ou des IgA.


L'apparition des IgM et/ou des IgA chez une femme précédemment séronégative ou l'augmentation du taux des IgG sont en faveur d'une séroconversion.


L'augmentation du taux des IgG seules est en faveur d'une réactivation de kystes.

 

Dans le cas d'une séroconversion et par crainte d'une évolution vers des lésions neurologiques ou oculaires, un diagnostic anténatal précoce est possible par l'examen direct du culot de centrifugation du liquide amniotique ou du liquide céphalorachidien.


La mise en évidence de l'infection fœtale peut se faire entre la 20ème et la 24ème semaine in utero par ponction du sang fœtal à la veine ombilicale et à l'aiguille guidée par échographie.


Les techniques d'amplification génomique par PCR (Polymerase Chain Reaction) sur liquide amniotique ont acquis leur place dans le diagnostic anténatal de la toxoplasmose congénitale.


La culture cellulaire ou l'inoculation du sang du cordon à des animaux de laboratoire sont également utilisées.


Remarque
La sérologie pratiquée à la naissance ne permet pas de juger car elle n'apprécie que les anticorps transmis par la mère.

 

 

Chez les personnes immunodéprimées atteints de toxoplasmose cérébrale

 

En raison du déficit immunitaire, la détection des IgM dans le sang reste en général négative. Il faudrait rechercher les IgM ou les IgA par la technique ISAgA dans le liquide céphalorachidien.
Le diagnostic peut se faire par PCR sur le sang ou le liquide céphalorachidien ou par imagerie.

 

 

Les techniques immunologiques


Plusieurs techniques sont utilisées pour le diagnostic de la toxoplasmose:


La réaction au latex est un test de détection globale des IgG-IgM. Il est utilisé qualitativement pour un dépistage rapide.

 

L'hémagglutination est sensible et utilisable quantitativement. Elle utilise des antigènes solubles fixés sur des hématies et nécessite un traitement préalable du sérum par le 2-mercapto-éthanol.

 

IFI (ImmunoFluorescence Indirecte) utilise des antigènes figurés et des antigènes membranaires pour la détection des IgG et des IgM.

 

ELISA (Enzyme Linked ImmunoSorbent Assay) utilise un antigène mixte, membranaire et cytoplasmique.

 

ELIFA (Enzyme Linked Immuno Filtration Assay) se fait en 3 étapes:
Une électrosynérèse ou immunoélectrodiffusion sur acétate de cellulose d'un antigène toxoplasmique et du sérum du patient.
Une immunofiltration d'antiglobulines humaines marquées par un enzyme.
Et une révélation par un substrat chromogène qui visualise les bandes de précipitation.

 

Techniques d'immunocapture:
La détection se fait en deux temps:
Immunocapture préalable des IgM totales du sérum ou des IgA suivie d'une révélation :
- soit par agglutination de toxoplasmes entiers formolés (ISAGA ou ImmunoSorbent Agglutination Assay) l'agglutinat est visible directement.
- soit par un antigène soluble marqué par un enzyme (EIA Réverse), la lecture se fait au spectrophotomètre.

 

Traitement

 
Médicaments Principes actifs
ROVAMYCINE® Spiramycine 
 SPIRAMYCINE®
BACTRIM®

Cotrimoxazole

 

ou

 

Sulfaméthoxazole + Triméthoprime

 
EUSAPRIM®
COTRIMOXAZOLE®
MALOCIDE® Pyriméthamine 
ADIAZINE® Sulfadiazine 

 

Prophylaxie

 

Elle concerne principalement la femme enceinte à sérologie négative et les malades immunodéprimés:


Éviter la consommation d'œufs crus, de lait cru et de la viande crue ou peu cuite.
Laver soigneusement les crudités et manipuler de la viande crue avec des gants.
Se laver soigneusement les mains.
Pratiquer le jardinage avec des gants ou se laver les mains après.
Éviter tout contact avec les chats et avec ses excréments et, à défaut de confier à d'autres personnes le soin de vider la caisse à chat, changer sa litière avec des gants et à des intervalles réguliers inférieurs à 24 heures et désinfecter les objets souillés par de l'eau bouillante pendant 5 minutes.
Les bacs de sable pour enfants doivent être couverts après les jeux pour empêcher l'accès aux chats.

 

Chez l'immunodéprimé, le risque principal est celui de la réactivation de kystes anciens. Une chimioprophylaxie primaire à partir d'un taux de CD4+ <300/mm3 par Malocide®) ou Bactrim® est recommandée.

 

Chez la femme enceinte, le sérodiagnostic prénatal avant la fin du 3ème mois est obligatoire.
Si le résultat est positif, il n'y a aucun risque.
Si le résultat est négatif, il faut refaire le test toutes les 4 à 6 semaines et respecter les mesures prophylactiques.
Si la séroconversion est prouvée, un traitement immédiat et une surveillance du fœtus sont obligatoires.

 

 Envisager une interruption volontaire de grossesse si des lésions importantes sont détectées par l'échographie.

 

Il n'existe pas de vaccin contre la toxoplasmose.