Schistosomiases
 

 

Synonymes: Bilharzioses, dermatites des nageurs

Espèces parasitaires

Schistosoma haematobium

Schistosoma mansoni

Schistosoma japonicum

Schistosoma mekongi

Schistosoma intercalatum

Classification

Embranchement  Plathelminthes
Classe  Trématodes
Ordre  Prosostomata
Sous-ordre  Strigaeta
Famille Schistosomatidae
Genre Schistosoma

 

Historique

 

En 1851, Theodor Bilharz découvre et décrit Schistosoma haematobium dans les veines mésentériques d'un égyptien.
En 1904, Sir Patrick Manson décrit les œufs de Schistosoma mansoni et Katsurada, découvre Schistosoma japonicum au Japon.
En 1910, Rutter trouva des œufs calcifiés de Schistosoma haematobium dans la région pelvienne d'une momie égyptienne datant de plus 1 000 ans avant J.C.
En 1934, Fisher découvre Schistosoma intercalatum au Zaïre.
En 1957, Schistosoma mekongi est isolé à Paris chez un patient originaire du Laos.

 

 

Définition

 

Du grec schistos = fendu et soma = corps
Infections parasitaires provoquées par des vers plats appartenant au genre Schistosoma.

 

Il s'agit d'une zoonose liée au péril fécal et aux mollusques qui en sont les hôtes intermédiaires.


C'est la deuxième endémie mondiale après le paludisme avec 300 à 500 millions de personnes atteintes à travers 75 pays dans les régions tropicales et subtropicales.

 

La maladie s'est répandue de façon catastrophique suite aux grands travaux d'irrigation qui ont multiplié les gîtes à mollusques.

 

Les schistosomes sont hématophages, à sexes séparés et vivent dans le système veineux mésentérique ou splanchnique.
Les adultes mesurent 12 à 16 mm de long et porte 2 ventouses de fixation : une ventouse orale et une ventouse ventrale appelée acétabulum.
Le mâle plus court et plus trapu que la femelle loge celle-ci dans une fente dite canal gynécophore.
Les cercaires mesurent 400 à 600 microns de long et possèdent une tête piriforme et une queue bifide d'où leur nom de furcocercaires.

 

 

 

Cinq espèces sont pathogènes pour l'homme :

 

Schistosoma haematobium

Agent de la bilharziose uro-génitale en Afrique et au Moyen Orient.

Schistosoma mansoni

Provoque la bilharziose intestinale en Afrique, au Moyen Orient et en Amérique latine.

Schistosoma japonicum et Schistosoma mekongi

Responsables de la bilharziose artério-veineuse rencontrée en Extrême Orient. 

Schistosoma japonicum sévit en Chine, à Formose, au Japon, en Corée, aux Philippines. 

Schistosoma mekongi est retrouvé le long du fleuve Mekong, au Sud du Laos, au Cambodge et en Thaïlande.

Schistosoma intercalatum

A l'origine de la bilharziose rectale dans certains pays d'Afrique centrale.

 

 

Répartition géographique

 

Schistosoma haematobium

Schistosoma mansoni

Schistosoma japonicum

Schistosoma intercalatum

 

Transmission

 

L'infestation de l'homme par les schistosomes s'effectue par contact avec de l'eau contaminée par des larves nageantes infectantes (furcocercaires) qui pénètrent activement à travers la peau.

Les gîtes de transmission de la maladie sont constitués par les eaux stagnantes, les bords des rivières, les berges de lacs, les canaux d'irrigation...

Les pêcheurs, les cultivateurs, les riziculteurs et les ouvriers qui entretiennent les canaux d'irrigation sont les personnes à risque. Les femmes pour leurs tâches ménagères sont plus atteintes que les hommes. Les enfants sont plus touchés que les adultes car ils nagent plus souvent dans les marigots notamment aux heures chaudes où l'émission cercarienne est la plus intense.

 

Cycle évolutif

 

Le cycle est indirect et fait intervenir un hôte définitif qui est en général l'homme et un hôte intermédiaire qui est un mollusque gastéropode d'eau douce.

 

 

L'élimination des œufs se fait par les urines pour Schistosoma haematobium ou par les selles pour les autres espèces. Leur éclosion libère un miracidium qui pénètre le mollusque et donne naissance à deux générations successives de sporocystes qui vont gagner l'hépatopancréas et se transformer en furcocercaires.
Ces larves vont être libérer dans le milieu extérieur et infester l'homme par pénétration transcutanée active lors d'un contact avec de l'eau douce.
Seule la tête des cercaires pénètre et donne un schistosomule qui gagne par voie sanguine et lymphatique le poumon puis le cœur gauche puis le foie.
Les vers deviennent adultes dans le système porte, s'accouplent puis pondent des œufs qui percent les parois des capillaires sanguins et gagnent l'intestin ou la vessie pour être finalement rejetés avec les urines et les selles.

 

Les œufs ne sont pas embryonnés lors de la ponte mais embryonnés lors de l'extériorisation avec les selles ou les urines.

 

La durée totale du cycle chez le mollusque est d'un mois.

La durée de vie des furcocercaires dans l'eau est de 24 à 72 heures et la survie du miracidium dans l'eau dure 16 à 30 heures.

 

Bulinus globosus

Photo: Parasitologie. Faculté de Pharmacie. Limoges. G. Dreyfuss.

 

Les bulins sont des mollusques à coquille globuleuse.
Les principaux hôtes intermédiaires de Schistosoma  haematobium sont Bulinus truncatus, Bulinus tropicus, Bulinus africanus.

Ceux de Schistosoma  intercalatum sont Bulinus forskalii Bulinus crystallinus Bulinus globosus.

 

 

Biomphalaria glabrata

Photo: Parasitologie. Faculté de Pharmacie. Limoges. G. Dreyfuss.

 

Biomphalaria glabrata est un planorbe d'eau douce de 1 à 2 cm de diamètre.

Il est l'hôte intermédiaire de Schistosoma mansoni en Amérique.

 

 

Oncomelania nasophora

Photo: Parasitologie. Faculté de Pharmacie. Limoges. G. Dreyfuss.

 

Ce mollusque est l'hôte intermédiaire de Schistosoma japonicum.

 

Clinique

 

Les symptômes varient selon la charge parasitaire et la localisation des œufs.
L'incubation varie entre 2 et 6 semaines.
La phase d'infestation correspond au passage transcutané des cercaires et passe généralement inaperçue avec un prurit localisé et des taches érythémateuses. C'est la dermatite cercarienne.

La phase d'invasion est contemporaine à la migration des schistosomules et se caractérise par des manifestations allergiques avec une fièvre, des sueurs, des céphalées, une diarrhée et parfois une hépato-splénomégalie.

La phase d'état dépend de l'espèce :
Schistosoma haematobium provoque une hématurie. Des complications peuvent survenir notamment une cystite par surinfection bactérienne, des granulomes bilharziens au niveau de la muqueuse vésicale et des cancers de la vessie.
Des papules au niveau des organes génitaux et de l'ombilic peuvent être également observées.

L'infection par les autres espèces provoque des diarrhées, des douleurs abdominales, des hémorroïdes et des granulomes au niveau de l'intestin.

L'infection par Schistosoma intercalatum entraîne des douleurs rectales et des ténesmes.
Pour Schistosoma japonicum et Schistosoma mansoni, une hépatosplénomégalie, un ictère, des hémorragies digestives et une hypertension portale par fibrose hépatique sont observées.

Parfois l'embolisation des adultes dans une artériole pulmonaire ou dans les vaisseaux cérébraux ou médullaires entraînant respectivement une bilharziose pulmonaire ou une bilharziose du système nerveux.

 

Diagnostic

 

Le diagnostic d'orientation est basé sur la notion de séjour et de bain en eau douce en région d'endémie.
L'hémogramme montre une hyperéosinophilie et une hyperleucocytose.

Le diagnostic de certitude est basé sur la mise en évidence des œufs dans les urines pour Schistosoma haematobium et dans les selles pour les autres espèces, ou dans les biopsies du rectum ou de la vessie.

La recherche de l'hématurie microscopique dans les urines peut se faire par les bandelettes réactives.
Le diagnostic indirect repose sur la mise en évidence d'anticorps par différentes techniques immunologiques (ELISA, IFI, HAI...). Ces techniques nécessitent cependant l'entretien du cycle parasitaire au laboratoire pour la fourniture d'antigènes vivants.

En immunoélectrophorèse, la présence de l'arc 8 est spécifique de la bilharziose à Schistosoma mansoni.

 

Remarque
La ponte ne débute que vers la sixième semaine et, par conséquent, aucun diagnostic parasitologique direct n'est possible en période d'invasion.

 

 

Œuf de Schistosoma haematobium

Photo: Parasitologie-Mycologie. CHU. Dijon.

 

L'œuf a une forme ovale, possède un éperon terminal et mesure 120 à 160 microns sur 40 à 60 microns. La coque est transparente dans les urines.

 

 

Œuf de Schistosoma mansoni

Photo: Parasitologie. Faculté de Médecine Necker. Paris.

 

Les œufs sont ovoïdes, munis d'un éperon latéral situé au tiers postérieur et mesurent 130 à 160 microns sur 60 à 70 microns. La coque est incolore ou jaunâtre.

 

 

Œuf de Schistosoma japonicum

Œuf de Schistosoma mekongi

Photo: Parasitologie. Faculté de Médecine Necker. Paris.

Photo: C.N.R.M.I. Paris. 

F. Legros.

 

Les œufs sont sphériques, possèdent un petit éperon latéral. La coque est incolore.
Les œufs Schistosoma japonicum mesurent 70 sur 40 microns.
Les œufs de Schistosoma mekongi mesurent 60 sur 50 microns.

 

 

Œuf de Schistosoma intercalatum

Photo: Parasitologie. Faculté de Médecine Necker. Paris.

 

L'œuf a une forme losangique, possède un éperon terminal et mesure 150 à 250 microns sur 60 microns. La coque est lisse et jaune clair.

 

Remarques

La coloration par le Ziehl est utile pour différencier les œufs de Schistosoma haematobium qui ne sont pas acido-alcoolo-résistantes et ceux de Schistosoma intercalatum qui sont acido-alcoolo-résistants.

 

Un œuf vivant avec un miracidium dont les cils sont mobiles témoigne d'une bilharziose évolutive.
Un œuf mort contient un miracidium immobile avec des grains noirâtres en cas de calcification.
En cas de doute, on peut utiliser le test d'éclosion qui permet d'apprécier la vitalité des œufs : les urines ou les selles diluées dans de l'eau sont mis dans un récipient dont la partie supérieure est éclairée. Les œufs éclosent et libèrent les miracidia qui viennent nager dans la partie éclairée.

 

Traitement

 

Médicaments Principes actifs
BILTRICIDE® Praziquantel

 

Remarques


L'efficacité du traitement ne peut être jugée avant trois mois. En cas d'échec parasitologiquement confirmé, une deuxième cure peut être prescrite.
L'hématurie peut persister malgré un traitement efficace.

 

Prophylaxie

 

Éviter les contacts cutanés avec de l'eau douce stagnante dans les régions d'endémie ou bien porter des bottes.
Dépistage et traitement des personnes atteintes en zone d'endémie
Informer sur les dangers du péril fécal en soulignant le danger de la souillure des eaux par les selles ou les urines et le danger des bains en marigots infestés.
Aménagement de latrines.
Lutte contre les mollusques en introduisant dans le milieu des compétiteurs ou des prédateurs ou de plantes mollucicides ou par l'utilisation de molluscicides tel le niclosamide (Baylucide).