Anguillulose
 

 

Synonymes: Strongyloïdose, larva currens.

Espèces parasitaires

Strongyloides stercoralis
Strongyloides fulleborni

Classification

Embranchement  Némathelminthes
Classe  Nématodes, Phasmidiens
Ordre  Rhabditidés
Super-famille Rhabdiatoidea
Genre Strongyloides

 

Historique

 

En 1876, Normand découvrit le parasite au Vietnam chez des soldats atteints de diarrhée.
C'est Bavay qui nomma les formes fécales Anguillula stercoralis et les formes intestinales Anguillula intestinales.
En 1879, Grassi montra que ces deux formes parasitaires constituaient une seule espèce.

Par la suite, on les groupa dans le genre Strongyloides.
En 1932, le cycle complet du parasite fut décrit par Kreis.

 

 

Définition

 

L'anguillulose est une nématodose due au parasitisme duodénal par un ver appartenant au genre Strongyloides.

 

Elle est liée au péril fécal humain.

L'anguillulose est la seule helminthiase opportuniste, elle peut se transformer en une infection généralisée au pronostic sévère, d'où l'intérêt de la rechercher systématiquement dans les bilans précédant une greffe.

 

Elle se rencontre dans les régions chaudes et humides du globe (Antilles, Afrique tropicale, Afrique du nord, Madagascar, Amérique centrale et du Sud, Europe du Sud, Proche-Orient, Sud-est asiatique).

 

Répartition géographique

 

On estime entre 30 et 60 millions le nombre de sujets parasités.


L'espèce Strongyloides fulleborni est rencontrée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux  Philippines et chez les pygmées en Afrique Centrale, où le réservoir du parasite est le singe.

 

 

Les femelles parthénogénétiques constituent la forme parasite. 

Elles mesurent 2 à 3 mm de long et possèdent un seul renflement oesophagien. Elles vivent profondément enchâssées dans la muqueuse duodénale de l'homme, se nourrissent des tissus et ne sont pas hématophages.

La larve L1 rhabditoïde mesure 250 microns et possède un double renflement oesophagien et une extrémité postérieure peu effilée.

La larve L2 strongyloïde mesure 500 microns et possède un renflement oesophagien et une extrémité postérieure bifide.

La larve L3 strongyloïde infestante mesure 600 microns.

 

Les formes libres se développent dans le sol
Les mâles stercoraux mesurent 0,7 mm et possèdent une extrémité postérieure pointue.
Les femelles stercorales libres mesurent 1 mm.

 

Contamination

 

La contamination se fait par pénétration transcutanée après un contact de la peau avec un sol (terre, boue, eau douce) infesté par les larves strongyloïdes L3.

 Les personnes à risque sont celles qui travaillent dans les mines et les tunnels et chez celles qui pratiquent le jardinage à mains nues.

 

Cycle évolutif

 

Le cycle évolutif de l'anguillulose est complexe et comprend un cycle endogène d'autoréinfestation, un cycle asexué direct et un cycle sexué indirect.


Le cycle endogène ou cycle d'autoréinfestation
Il y a transformation directe des larves rhabditoïdes en larves strongyloïdes dans l'intestin sans passage extérieur et sans aucune forme libre. Ce cycle explique la persistance de l'anguillulose durant plus de 20 ans.


Le cycle asexué direct
Il se produit lorsque les conditions d'humidité et de chaleur sont défavorables. Les larves rhabditoïdes émises dans les selles se transforment directement dans la nature en larves strongyloïdes infestantes.


Le cycle sexué indirect
Il apparaît lorsque les conditions d'humidité et de chaleur sont favorables. Les larves rhabditoïdes émises dans les selles se transforment en adultes stercoraires libres mâles et femelles. Les femelles fécondées pondent des œufs qui donnent naissance à des larves rhabditoïdes de deuxième génération qui se transforment en larves strongyloïdes infestantes.

 

Les larves strongyloïdes infestantes traversent la peau, arrivent au cœur par voie sanguine puis aux poumons, migrent dans les bronches et la trachée jusqu'au carrefour aéro-digestif. Elles basculent dans le tube digestif et parviennent au duodénum et deviennent des femelles parthénogénétiques qui pondent des œufs qui se transforment en larves rhabditoïdes.

 

 

 

Clinique

 

La phase d'invasion correspond à la pénétration des larves et se traduit par un prurit.
La phase de migration correspond au passage du ver dans la trachée et se manifeste par une toux et une dyspnée asthmatiforme.
La phase d'état se traduit par des douleurs abdominales et des diarrhées.
Lors des cycles d'auto infestation, la migration des larves entraîne une dermatite linéaire rampante au niveau de la peau du thorax ou de l'abdomen appelée larva currens (larve qui progresse rapidement).

 

Larva currens

Photo: Parasitologie-Mycologie. CHU Angers.

 

Complications
Des formes malignes sont possibles en cas d'immunodépression et sont dues à la dissémination de larves dans tous les viscères.

Le pronostic est souvent mortel.

 

Diagnostic

 

Le diagnostic d'orientation est basé sur la notion de séjour en région d'endémie et sur l'hyperéosinophilie sanguine qui varie entre 10 000 et 30 000 / mm3.

 

La forme d'élimination est la larve rhabditoïde dont la recherche nécessite la technique de Baermann qui repose sur l'hygrotropisme et le thermotropisme positifs des larves d'anguillule.

 

Larve rhabditoïde de Strongyloides stercoralis

Photo: Parasitologie-Mycologie. CHU Nantes. P. Le Pape.

 

Les œufs ne sont retrouvés qu'en cas de transit accéléré.

 

Oeuf  de Strongyloides stercoralis

Photo: Service Parasitologie. Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon

 

L'oeuf ellipsoïde aux pôles très arrondis mesure 50 x 30 microns et contient la larve L1 lors de l'émission. La paroi est très fine.

Les larves strongyloïdes se rencontrent dans les coprocultures.

 

Larve strongyloïde de Strongyloides stercoralis

Photo: Parasitologie. CHU Lyon

 

La recherche des anticorps sériques est d'interprétation difficile en raison des réactions croisées avec d'autres vers.

 

Traitement

 

Médicaments Principes actifs
MECTIZAN® Ivermectine 
STROMECTOL®
ZENTEL® Albendazole 
AZOLE®
VERMOX® 100 Mébendazole 
MINTEZOL® Tiabendazole

 

Prophylaxie

 

Éducation sanitaire
Informer sur les dangers du péril fécal et enseigner les règles essentielles de l'hygiène.
Éviter le contact de la peau nue avec la terre.
Porter des chaussures fermées sur les sols boueux ou humides.


Assainissement du milieu
Aménagement de latrines pour éviter la dissémination du parasite.
L'interdiction ou la réglementation de l'usage de l'engrais humain en agriculture.
Le traitement des eaux usées afin de protéger des cultures contre la dissémination des larves par les fèces humaines.
Neutralisation des excréments humains par l'eau de Javel ou la chaux.

 

Dépistage et traitement systématique des malades.

 

Remarque

Il est conseillé de rechercher les anguillules avant tout traitement immunosuppresseur chez les personnes à risque.